
Vous passez des mois à préparer votre cœur pour le Hajj. Vous lisez, vous apprenez, vous assistez aux formations, vous vous préparez spirituellement et matériellement.
Et puis, un jour, vous arrivez à Médine.
Et là, vous découvrez que vous allez partager votre chambre, pendant plusieurs semaines, avec des personnes que vous n’avez parfois jamais vues de votre vie.
Des parfaits inconnus au départ.
Mais ce que l’on ne sait pas encore, c’est qu’ils vont parfois devenir notre famille… et même, des fois, des personnes plus proches que notre propre sang.
Généralement, dès notre arrivée à Médine, avant même le Hajj, nous préparons les combinaisons de partage des chambres.
Pour cela, chaque pèlerin renseigne un formulaire : ses horaires de sommeil, s’il est plutôt pro ou anti-climatiseur, sa langue maternelle, son âge, son background social, ses habitudes…
Nous essayons de créer les meilleures associations possibles.
Mais soyons honnêtes…
Au début, les pèlerins sont souvent sceptiques.
Certains ne sont pas très d’accord avec la personne qui leur a été attribuée. D’autres auraient préféré être avec quelqu’un qu’ils connaissent.
Mais finalement, ils s’accommodent de la situation.
Parce qu’il faut le dire : on n’a pas vraiment le choix.
Puis vient Makkah.
Et quelque chose d’extraordinaire commence à se produire.
Les mêmes personnes qui, quelques jours auparavant, étaient encore de parfaits inconnus commencent à se découvrir.
Elles partagent leurs repas.
Elles s’attendent pour aller à la mosquée.
Elles font des courses ensemble.
Elles se soutiennent lorsqu’elles sont fatiguées.
Elles prennent soin les unes des autres.
Elles connaissent les petites habitudes de chacun, les petites manies, les moments de silence, les moments de joie…
Et parfois même, elles se défendent mutuellement.
Je me souviens de ces entrevues privées à Makkah…
Des pèlerins venaient me voir pour me demander une seule chose :
« S’il vous plaît, ne nous séparez pas. Laissez-nous avec les mêmes personnes. »
Et là, je réalisais quelque chose de magnifique.
Ces personnes qu’ils ne connaissaient absolument pas quelques semaines auparavant étaient devenues importantes pour eux.
Ils ne voulaient plus être séparés.
Le cochambrier n’était plus simplement celui ou celle avec qui on partageait une chambre.
C’était devenu un compagnon de voyage, un confident, un soutien… une famille.
Et puis arrive le moment que personne n’a vraiment envie de voir arriver :
la séparation.
Après toutes ces journées intenses, toutes ces prières, tous ces repas partagés, les longues marches, les rires, les petites disputes parfois, les réconciliations, les confidences et les moments de fatigue…
Il faut rentrer.
Chacun retrouve sa famille.
Sa maison.
Son travail.
Ses habitudes.
Son quotidien.
Et c’est souvent à ce moment-là que l’on comprend véritablement ce qui s’est passé.
On réalise que ces personnes avec qui nous avons partagé seulement quelques semaines ont laissé une empreinte profonde dans notre cœur.
Elles y sont désormais ancrées.
Le Hajj nous apprend beaucoup de choses.
Mais parmi les plus belles, il y a peut-être celle-ci :
Allah peut mettre sur notre chemin des inconnus qui, en quelques semaines seulement, deviennent une partie de notre histoire pour toute une vie.
Et longtemps après notre retour, il suffit parfois d’un appel, d’un message, d’une photo ou simplement d’un souvenir…
Pour que le cœur retourne à Médine, à Makkah…
Et auprès de cette famille que nous n’avions pas choisie, mais qu’Allah avait choisie pour nous.


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